KVIFF…tout feu tout flemme

Hala El-Maoui Vendredi 27 Juillet 2018-17:33:04 Art

Pendant cette saision estivale, la station thermale de Karlovy Vary, en République tchèque, invite de nouveaux admirateurs; des milliers de cinéphiles, surtout jeunes, viennent joindre les nombreux curistes cherchant remède aux maux du corps, dans les sources pures d’eau chaude. Une autre source de pureté est venu soulager l’esprit et l’âme: le cinéma. Depuis le XVIIIe siècle, cet endroit a attiré la noblesse, les hommes politiques et des artistes de renom, tels l’empereur autrichien, Clemenceau, Beethoven et Richard Wagner, pour ne citer que ceux-là.  Depuis sa fondation en 1946, juste après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le Festival International du film de Karlovy Vary a fait son chemin. Il est devenu le festival de cinéma le plus important d’Europe centrale et d’Europe de l’Est. Cette année plus de140135 spectateurs ont regardé  501 projections.  Les grands du cinéma ont été célébrés à Karlovy Vary : Luis Bunuel, Ken Loach, Milos Forman, Carlos Saura, Gregory Peck, John Malkovitch, Antonio Banderas, Casey Afflek,  Mel Gipson ...

Présidé par la star du cinéma tchèque Jiri Bartoška et sous la direction artistique de Karel Och, le festival nous a emmené dans des univers divers du 29 Juin jusqu’au 7 Juillet. Avant de passer en revue les temps forts de cette édition il faudrait s’attarder sur l’organisation et l’hospitalité sans faille de ce festival. Nombreux sont les oeuvres à afficher durant cette édition encore plus attrayante que jamais. A commencer par le film d’ouverture.

 

“Les Amours d’une blonde” en guise d’hommage à Forman

 

“Les Amours d’une blonde” de Milos Forman (classé 89ème meilleur film de tout temps) qui réussit, malgré le temps passé, à émerveiller le public encore et encore. Il faut signaler que l’une des nobles traditions de KVIFF est l’hommage qu’il rend chaque année aux icons, qui ne sont plus, non seulement du cinéma tchèque mais aussi du cinéma mondial. “Les Amours d’une blonde” qui a donné le coup d’envoi de cette 53ème KVIFF, un anniversaire qui coïncide avec la date de sortie de ce film (1965), du grand réalisateur tchèque de renommée internationale qui a quitté notre monde en Avril dernier. Un hommage à Forman et à la nouvelle vague du cinéma tchèque. D’après un scénario de Miloš Forman et Jaroslav Papoušek; “Les Amours d’une blonde”  raconte l’histoire de Andula , jeune ouvrière, qui viviat à Zruc. L’un des responsables d'une gigantesque usine de fabrication de chaussures, dont le personnel est quasi exclusivement féminin, s’alarme  en remarquant la solitude et l'absence d'hommes affoler les ouvrières, elles ne savent pas quoi faire après les heures de travail. Certaines errent le soir dans la forêt qui entoure le village, et un garde-chasse, qui en a surpris une en train de nouer une cravate à rayures au cou d’un sapin, n’a pu s’empêcher de la "courtiser", alors qu’il est marié… cet industriel convaint la hiérarchie militaire d'organiser des manœuvres dans les environs afin de pouvoir organiser des bals et que ses ouvrières rencontrent des hommes. Lors d'un bal, peu intéressée par les militaires présents, Andula fait la connaissance du pianiste de l'orchestre et en tombe amoureuse. Elle décide d'aller le retrouver à Prague. Elle n’est pas la bienvenue chez ses parents. La société était encore trop conservatrice à l’époque. Beaucoup ont considéré cette fiction trop sensuelle pour la Téchoslovakie de l’époque. Forman a su combiner l’esprit documentaire à cette histoire inspirée de faits réels. Et c’est justement son terrain de prédilection.

Forman a su détourner l’attention de la censure, de ce temps là, pour allier tendresse et nostalgie avec un regard cru sur les relations amoureuses et sociales et sur les mensonges des représentations officielles.  Le film était nommé pour le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère et pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1967 mais a été surpassé par “Un Homme et une femme” de Calude LeLouche.

 

Des bandes-annonces impressionnantes

 

Conçu depuis une dizaine d’années,par l’extraordinaire réalisateur Ivan Zacharias, les bandes- annonces emblématiques, voir cultes, du festival sont des moments de plaisirs inouies pour les spectateurs. En moins de trois minutes une idée intelligente d’une histoire courte bien ficelée en sort avec une mise en scène, un tournage en noir et blanc et un dénouement surprise. Le tout  mise sur le trophée, la statuette de Globe de Cristal qui n’est pas pris trop au sérieux comme le veut l’humour tchèque. 

Cette année la bande -annonce a mis en vedette cette année la star américaine Casey Affleck avec la grande Sandy Martin. La bande-annonce a été tournée entièrement à Hollywood en une seule journée a t-on appris des organisateurs. Miloš Forman, Helen Mirren, Danny de Vito et d'autres lauréats du Prix du Président de KVIFF sont apparus dans les bandes-annonces. Il faut signaler que toute l’équipe du tournage et les stars d'Hollywood qui y figurent le font  gratuitement par amour pour KVIFF.

 

Une présence arabe bien selective

 

Mohamed Siam, le jeune réalisateur égyptien était l’un des membres du jury de la compétition des longs documentaires cette année. Un choix qui reflète l’engagement du festival vis à vis de la jeunesse prometteuse du monde en entier sans discrimination aucune. Mohamed Siam avait fait ses premières armes dans les écoles de cinéma les plus prestigieuses de par le monde dont la Femis. Siam avait un film “Amal” projeté dans la section “Autre Regard”. Une foule de curieux état venue voir ce qu’il en reste du printemps arabe sept après son commencement. “Amal” qui veut Espoir nous prend en un voyage à travers le temps guidé par l’héroïne Amal qu’on voit à l’âge de 14 ans prendre aux manifestations de la Place Tahrir jusqu’au renversement de l’ancien régime de Moubarak. Nous vivons des moments de son enfance immortalisés par les films enregistrés par la caméra de son père. Un père qui lui inculque les principes philosophiques de la vie “ne jamais avoir peur”. Elle a appliqué ses paroles à la lettre sans vraiment les apprehender. Des images d’archives nous montrent qu’elle s’était fait agresser dans la rue par les forces de l’ordre lors des 18 jours. Le temps passe et elle vit le régime des frères musulmans qu’elle défie avec force et conviction. Elle porte le voile et l’enlève, un métaphore de la confusion du moment et la perte de repères.

Le documentaire invite une lecture à plusieurs niveaux et à tout le mérite de mettre en exergue le rôle de la femme dans les changements politiques qu’a vécu la société égyptienne. Il faut signaler que Siam avait un documentaire “Le Pays de qui” en compétition au KVIFF 2016.

 

Le deuxième film arabe projeté dans la section “Horizons” est celui du jeune réalisateur tunisien Mohamed Ben Attia « Weldi  (Mon Cher fils) ». Mohamed Drif, l’acteur principal dans le rôle du père, a donné une prestation saisissante. Il s’agit d’une famille de la classe moyenne dont le fils est en terminale et souffre de migraine continue. Le père sacrifie tout pour son fils pour le voir épanoui et heureux. Mais le fils, muet cache plus qu’une angoisse pour les examens du bac. Ce n’est que vers la moitié du film qu’on le voit disparaître. Il rejoint les djihadistes de Daesh. Le père part à sa recherche jusqu’en Syrie. En vain. Ce n’est que par Facebbok qu’il reçoit le message de son enfant marié et devenu père d’un petit. Ben Attia est fidèle à sa vision de la jeunesse tunisienne qui se cherche une place dans la société post-révolution. (Entretien avec le réalisateur la semaine prochaine).    

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